Grino et l’expansion du café (chapitre 3, troisième partie)

Grino, le grain de café de supermarché parcourt l’espace-temps à la recherche de son histoire. Après avoir assisté à l’introduction officielle du café en France, Grino rejoint sa Delorean. Epuisé par le voyage retour, il s’endort…

Grino ronflote, il se revoit à la cour de Louis XIV « pouah, mais que me faîtes vous donc avaler là! C’est mon grand oncle que je bois! » déclame-t-il déguisé en Roi Soleil. Il agite son sceptre imaginaire au bout de son bras et touche accidentellement la commande temporelle de la voiture…

La voiture s’agite et démarre en trombe ! Grino écarquille les pupilles et a tout juste le temps d’attraper sa ceinture de sécurité pour la boucler. Sans trop comprendre, il aperçoit 1789 au compteur temporel de la Delorean.

Lorsqu’il reprend pied (façon de parler, c’est un grain de café!), il est au beau milieu d’un immense entrepôt qui dégage une odeur bien familière, mais qu’est-ce donc… Il aperçoit alors des montagnes de sacs de jute, et de grosses machines rougeoyantes qui crachent une fumée dense. Il entend alors des hommes de l’autre côté des machines qui hurlent :

usine

– » on arrête!

– on enfourne!

-on dégage maintenant, on dégage! »

Il se rapproche alors du tumulte et plonge au milieu de la fourmilière d’hommes et de machines, une colonne de wagons traverse l’entrepôt dont Grino ne voit pas le bout. Mi-effrayé mi-fasciné, il admire les petits soldats au travail quand il aperçoit un homme inamovible qui hurle et fait de grands gestes !

-« mais non, malheureux! pas celui là, l’autre torréfacteur! Il va me griller ma fournée le saligot… »

C’est là qu’en tendant l’iris, il entrevoit un vieux grain de café tout rabougri sur l’épaule du contremaître. Serait-ce possible?! Est-ce bien ce grain voyageur de la cour du Roi Soleil?! Il saute alors sur la botte et grimpe tout au long de cet immense corps jusqu’à son ami.

-« ça alors, c’est vous?!

– par tous les diables, je ne pensais pas vous revoir! Mais, vous n’avez pas pris une ride?!

– j’ai mes petits secrets beauté mon cher, mais que faîtes vous ici? Et quel est cet endroit étrange à l’odeur si familière?

– vous êtes dans l’entrepôt principal qui fournit tous les « cafés » de France mon bel ami. On y reçoit le café vert d’Orient, on le torréfie et le distribue dans toute la France et dans quelques grandes villes d’Europe!

– ça alors, si je m’y attendais! Le café a fait un sacré bout de chemin depuis la cour de Louis XIV!

– mais où étiez-vous donc?! Ce beau pays compte à présent plus de 300 cafés et ce n’est qu’un début! Mais attendez, il faut que je vous emmène voir le plus célèbre d’entre tous, venez! »

Et les voilà partis à travers la meute qui s’active bercée par les effluves de café. En empruntant les rues de Paris, le vieux grain lui raconta que si le café n’était pas au goût de Louis XIV, son successeur, Louis XV était grand amateur, il en a même fait planter dans le jardin des plantes et se régalait chaque jour de sa récolte personnelle.  Il en a passé de douces journées à l’ombre des serres royales à espionner le roi préparer ses douces mixtures…

serre-du-jardin-des-plantes

-« L’endroit où je vous mène s’appelle le Procope, haut lieu de la vie littéraire et politique! Quelques années après votre départ, plusieurs cafés ont ouvert dans cette belle capitale. En 1686, Francesco Procopio dei Coltelli a racheté le plus célèbre d’entre eux alors qu’il était régulièrement visité par le monde du spectacle. Luxueusement décoré, il a attiré toute la grattinade littéraire : Voltaire, Rousseau, Montesquieu, on dit même que Diderot y aurait rédigé quelques articles de son Encyclopédie! Même Benjamin Franklin y a passé de longues heures à peaufiner sa pensée politique.

procope

– ça alors! si je pouvais m’attendre à un tel succès! »

Grino écarquillait les yeux. Le Procope fourmillait de gens attablés qui semblaient animés de discussions intenses.

-« mais qui sont donc ces personnes?

– là-bas vous apercevez Marat et Robespierre, ces hommes feront bientôt bouillir la France! On croise souvent l’ami Danton ici même, ces hommes feront bientôt éclater la révolution! Et plus tard, nous associerons cet endroit aux grands moments de l’histoire de France!

-quel honneur pour les grains que nous sommes!

– Et ce n’est pas tout, il faut que vous voyiez les serres dont je vous parlais tantôt! »

Ils se remirent en route, sautillant de carrosse en carrosse jusqu’au jardin des plantes. Grino n’était pas au bout de ses surprises. Il fut même ému lorsqu’il découvrit le premier caféier qui vit le jour ici même en 1714.

cafeier

– « ça alors! vous êtes donc le tout premier caféier?!

– « oui mon enfant, mais heureusement pas le dernier! Regardez autour de vous d’abord, et songez aux pionniers qui sont allés conquérir les terres lointaines par-delà les mers! Tous les caféiers des colonies sont mes enfants, tout comme vous, mais pas comme ce vieux grimoires qui vous accompagne!

– oui son ancêtre et moi sommes arrivés par le même convoyage au 17ème siècle, c’est lui que je venais voir grandir dans les serres du roi! Il était notre avenir à tous il est aujourd’hui la mémoire française du café. »

Ébahi par toutes ces découvertes, Grino remettait  toutes ses aventures en ordre dans sa petite tête de grain : des rayons du supermarché aux pérégrinations du berger Khaldi en passant par la première torréfaction des moines de Chéodet il en avait parcouru du chemin. Et retrouver ce grain voyageur de la cour du Roi aux serres du Jardin des plantes, le café avait grandi! Ravi de toute cette aventure, il prit congé des grands de ce monde du café et fit route jusqu’à l’entrepôt où il avait abandonné sa Delorean.

Chemin faisant, il se demandait ce qu’il pouvait bien découvrir à présent. Lassé des voyages dans le temps, l’idée de voyager dans l’espace lui parut bien plus attrayante, il échafauda son plan. A peine arrivé à l’entrepôt, il partit à la recherche des transporteurs. Si le café vert arrivait ici, il devait bien venir de quelque part! C’est ainsi que Grino se retrouva au fond d’un chargement vide qui partait recharger en grain vert. Arrivé au port, il trouva un navire qui l’emmènerait à la rencontre des caféiers des colonies françaises…

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